Soulevez la peau et vous verrez la bête


Exposition personnelle au centre d’art Bastille à Grenoble
16 novembre 2025 au 4 janvier 2026
Vernissage 15 novembre





Salle 1
Un rouet déroule la toile d’une araignée qui tombe dans la salle 2, à l’étage du dessous.





Salle 2
L’araignée tombe dans une main.



© Brice Liaud


Salle 3

©Brice Liaud ©Brice Liaud



Salle 4
Installation sonore
Sur une estrade aux allures de scène, une marionette de souris bégaie ses sentiments et tente en vain de se livrer à son public.







Texte d’Emilie Baldini :

“ Pour son exposition dans le cadre de la Project Room du Centre d’art bastille, Lorette Pouillon déploie une réflexion sensible autour des émotions, leur circulation et les manières, souvent maladroites, dont on tente de les évoquer.
L’artiste s’attache aux gestes discrets qui structurent nos façons de prendre soin de nous : s’encourager, se réconforter, se parler, s’écouter. Autant de tentatives pour se soutenir soi-même. Cette démarche pose une série de questions : que signifie, concrètement, « se prendre en main » ? Par quoi commence-t-on ? Et comment aborder ce qui demeure difficile à verbaliser ?


L’exposition s’ouvre sur un mouvement d’introspection : on y progresse par découches successives, comme en suivant un fil qui se défait pour laisser apparaître de nouvelles strates. « Soulevez la peau et vous verrez la bête » (Salle 1), pourrait-on garder en tête. Il ne s’agit pas de révéler une vérité spectaculaire, mais d’aborder progressivement des zones sensorielles et émotionnelles plus intimes.

Les émotions, chez Lorette Pouillon prennent ici la forme de fluides, d’humeurs au sens premier du terme. Dans « la flaque commune » (Salle 2), les liquides deviennent métaphores de ce qui circule entre nous : des états, des turbulences, des débordements. Sur le livre posé à côté du lit (Salle 3), l’expression « lécher ses plaies » rappelle que soigner revient parfois à panser par soi-même — à reconnaître la fragilité, à la toucher plutôt qu’à la dissimuler.


Tout en bas (Salle 4), sur scène, les marionnettes deviennent les porte-voix de ce qui peine à se formuler. Parmi elles, une seule prend réellement la parole. Face à un petit auditoire et aux visiteur·euses, elle essaie de dire quelque chose, de se livrer, de mettre en mots ce qui pèse. Mais rien n’est clair : les phrases se brisent, s’emmêlent, s’évaporent avant de s’articuler. Ce qu’elle tente de dire échappe autant à ceux qui écoutent qu’à elle-même. Cette scène ne raconte pas l’échec, mais la tentative — celle d’aller mieux, de nommer l’indicible, de recommencer encore lorsque les mots ne viennent pas.


À travers cette exposition, Lorette Pouillon compose un paysage émotionnel où l’on avance à pas doux. Elle explore la manière dont nos affects circulent, se matérialisent, se déforment ou s’échappent ; comment on apprend à les reconnaître, à les partager, ou simplement à vivre avec eux. Ici, « ça va aller » n’est pas une certitude, mais une petite lumière — un souffle collectif pour continuer d’essayer, ensemble. ”